Les Vautours
©1956 David Mandessi Diop
En ce temps-là
A coups de gueule de civilisation
A coups d’eau bénite sur les fronts domestiqués
Les vautours construisaient à l’ombre de leurs serres
Le sanglant monument de l’ère tutélaire
En ce temps-là
Les rires agonisaient dans l’enfer métallique des routes
Et le rythme monotone des Pater-Noster
Couvrait les hurlements des plantations à profit
O le souvenir acide des baisers arrachés
Les promesses mutilées au choc des mitrailleuses
Hommes étranges qui n’étiez pas des hommes
Vous saviez tous les livres vous ne saviez pas l’amour
Et les mains qui fécondent le ventre de la terre
Les racines de nos mains profondes comme la révolte
Malgré vos chants d’orgueil au milieu des charniers
Les villages désolés l’Afrique écartelée
L’espoir vivant en nous comme une citadelle
Et des mines du Souaziland à la sueur lourde
des usines d’Europe
Le printemps prendra chair sous nos pas de clarté.
The Vultures
©1956 David Mandessi Diop
In that time
When civilization struck with insults
When holy water struck domesticated brows
The vultures built in the shadow of their claws
The bloody monument of the tutelary era
In that time
Laughter gasped its last in the metallic hell of roads
And the monotonous rhythm of Paternosters
Covered the groans on plantations run for profit
O sour memory of extorted kisses
Promises mutilated by machine-gun blasts
Strange men who were not men
You knew all the books you did not know love
Or the hands that fertilize the womb of the earth
The roots of our hands deep as revolt
Despite your hymns of pride among boneyards
Villages laid waste and Africa dismembered
Hope lived in us like a citadel
And from the mines of Swaziland to the heavy sweat of
Europe’s factories
Spring will put on flesh under our steps of light.
Auprès de Toi
©1956 David Mandessi Diop
Auprès de toi j’ai retrouvé mon nom
Mon nom longtemps caché sous le sel des distances
J’ai retrouvé les yeux que ne voilent plus les fièvres
Et ton rire comme la flamme trouant l’ombre
M’a redonné l’Afrique au-delà des neiges d’hier
Dix ans mon amour
Et les matins d’illusions et les débris d’idées
Et les sommeils peuplés d’alcool
Dix ans et le souffle du monde m’a versé sa souffrance
Cette souffrance qui charge le présent du goût des lendemains
Et fait de l’amour un fleuve sans mesure
Auprès de toi j’ai retrouvé la mémoire de mon sang
Et les colliers de rires autour des jours
Les jours qui étincellent de joies renouvelées.
Close to You
©1956 David Mandessi Diop
Close to you I have regained my name
My name long hidden beneath the salt of distances
I have regained eyes no longer veiled by fevers
And your laugh like a flame making holes in the dark
Has given Africa back to me beyond the snows of yesterday
Ten years of my love
And mornings of illusion and wreckage of ideas
And sleep peopled with alcohol
Ten years and the breath of the world has poured its
pain upon me
Pain that loads the present with the flavor of tomorrows
And makes of love an immeasurable river
Close to you I have regained the memory of my blood
And necklaces of laughter around the days
Days that sparkle with joys renewed.